La naissance de la sociologie

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Avant le XIXe siècle il y avait des analyses de la vie sociale mais la sociologie n' existait pas. Elle a été inventée au XIXe siècle par ceux que l'on appelle encore ...
La naissance de la sociologie.

Avant le XIXe siècle il y avait des analyses de la vie sociale mais la sociologie n'existait pas. Elle a été inventée au XIXe siècle par ceux que l'on appelle encore aujourd'hui « les pères fondateurs » ( Max weber, Émile Durkheim,...). Le terme « sociologie » lui-même a été créé par Auguste Comte en 1838. Il signifie : science de la société. La préoccupation des premiers sociologues est de proposer une démarche rigoureuse, aussi scientifique que possible, pour rendre compte de la vie en société. Pour les fondateurs de la sociologie, analyser la vie sociale, c'est d'abord comprendre les multiples changements sociaux qui marquent la société du XIXe siècle dans laquelle ils vivent, société marquée à la fois par les effets de la révolution industrielle et par ceux des révolutions politiques, mais c'est aussi comprendre les interactions les plus élémentaires entre les acteurs de la vie sociale.

La spécificité du regard du sociologue sur la société ; quelques exemples :

• Le regard du sociologue sur le sport : alors que l'économiste voit un marché où s'échangent des biens, ou bien une production destinée à satisfaire les besoins en fonction des revenus de chacun, le sociologue s'interroge par exemple sur les interrelations entre l'équipe de football et ses supporters ; il se demande pourquoi les ouvriers jouent plus fréquemment au football que les cadres supérieurs, pourquoi les hommes sont plus nombreux que les femmes à pratiquer le rugby et dans la réponse à ces questions s'interroge sur le rôle que joue l'environnement social. Le sociologue est centré sur la recherche de la compréhension des comportements des individus en interrelations les uns avec les autres, alors que l'économiste analyse le mécanisme de l'échange proprement dit. • Un autre exemple : le suicide qui a fait l'objet d'une étude célèbre de Durkheim. Face au suicide, le psychologue cherche dans le passé de l'individu les événements particuliers qui peuvent expliquer son geste alors que le sociologue cherche à comprendre non pas un suicide en particulier mais l'ensemble des suicides tels qu'ils se produisent à un moment donné dans la société et à mettre en relation ce fait social avec d'autres caractéristiques sociales. Le fait d'être marié ou célibataire, le fait d'appartenir à tel ou tel groupe social, a-t-il une influence sur la fréquence du suicide dans une société ?

La méthode sociologique.

Dès son origine les fondateurs de la sociologie ont voulu doter cette discipline de la rigueur scientifique mais ils se sont heurtés à certaines difficultés : Le sociologue se doit d'avoir de la distance par rapport à son propre système de pensée. Quand il analyse la réalité sociale, le sociologue peut avoir une perception personnelle de la réalité qu'il va étudier. Ces prénotions (idées reçues que l'on peut avoir sur la réalité sociale), son système de valeurs, peuvent biaiser son analyse ainsi, quand il étudie une société différente de la sienne, le sociologue peut être conduit à l'apprécier par référence avec sa propre culture ; il se rend ainsi coupable d'ethnocentrisme. Durkheim, dans les règles de la méthode sociologique, insiste sur l'importance qu'il y a à prendre conscience de ce que des prénotions peuvent obscurcir le jugement du sociologue et sur la nécessité de définir des règles à mettre en place pour que ces prénotions n'influencent pas son analyse. Pour lui, il importe d'abord de considérer les faits sociaux comme des choses (il faut considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés des sujets conscients qui se les représentent). Max weber a mis l'accent sur l'idée qu'en sociologie l'analyse porte presque toujours indirectement sur des valeurs. Or le sociologue a son propre système de valeurs qui est susceptible de biaiser son analyse. Pour qu'une analyse soit scientifique, elle ne doit pas dépendre des valeurs du savant, elle doit pouvoir être contrôlée et faire l'objet de vérifications. Aussi weber demande-t-il aux savants de ne pas considérer une analyse comme universelle, mais par rapport aux valeurs et présupposés qui la sous- tendent (c'est ce principe qu'il qualifie de neutralité axiologique). Il importe de faire la différence entre un fait scientifiquement vérifiable et une analyse en partie subjective. Une autre difficulté tient à l'existence de causalités multiples ou circulaires :

Les causalités multiples : En sociologie, comme dans les autres sciences sociales, les relations de causalité sont souvent multiples. Il y a souvent non pas une seule façon d'analyser un phénomène social mais plusieurs. Une interprétation cohérente d'un fait social peut masquer une autre interprétation tout aussi pertinente. Prenons le cas de la déviance : Pour les sociologues, la déviance est :« la transgression des normes établies dans une société et le déviant est celui dont les valeurs et les comportements s'écartent des normes de la société ou du groupe social auquel il appartient ». Une question qui se pose est de savoir quel processus engendre la déviance ; sur ce point les sociologues divergent et proposent des systèmes d'interprétation différents. • Ainsi, par exemple, pour les marxistes, les règles sociales servent l'intérêt de la classe dominante, la culture dominante est celle de la classe dominante, la déviance est donc interprétée comme une réaction de classe à une situation de domination : celle de la bourgeoisie. • D'autres sociologues y voient un échec de la socialisation, l'enfant n'a pas assez bien intégré les règles sociales de la société dans laquelle il vit. • D'autres encore interprètent la déviance en termes d'étiquetage et de stigmatisation. La déviance est alors un processus résultant pour une part du regard et du comportement des autres.

Les causalités circulaires : Par exemple dans le cas de la théorie de l'étiquetage et de la stigmatisation : si le regard des autres accroît le comportement déviant, le fait déviant accentue le comportement d'étiquetage comme déviant. Ce genre de causalité circulaire rend difficile sur le plan méthodologique la réponse à la question : d'où vient la déviance ?

Les outils des sociologues :

L'étude de terrain, l'immersion participante.

Pour recueillir des informations sur son sujet d'études, le sociologue effectue souvent des études de terrain. Un des moyens est l'immersion participante qui consiste à s'intégrer à un groupe pour percevoir de l'intérieur les relations au sein de ce groupe. Ainsi par exemple, Jacques Malaurie a vécu longtemps chez les Esquimaux en cherchant à s'adapter à leur mode de vie. Il rend compte de son expérience dans : les derniers rois de Thulé .Cette démarche a surtout été pratiquée par les ethnologues pour l'étude des sociétés primitives, mais elle s'applique aussi à l'étude de la société contemporaine : par exemple un sociologue peut s'intégrer à une secte ou s'immerger dans une cité dite « sensible » ou d'un n'importe quel ghetto pour étudier les mécanismes de pouvoir au sein de ceux-ci. Cette méthode de recherche d'informations se heurte cependant à certaines difficultés méthodologiques. Ainsi par exemple, l'observateur peut modifier le milieu étudié dans la mesure où il peut introduire des objets qu'il apporte avec lui et qui ne correspondent pas à la technologie de la population étudiée.(le couteau chez les esquimaux). Ou bien encore si les populations étudiées se savent observées, leur discours, leurs comportements peuvent être biaisés.

Enquêtes, sondages, interviews.

Les résultats obtenus par ce type de méthode doivent être interprétés avec précaution. Ainsi, concernant les sondages, la question se pose de savoir si l'échantillon interrogé est bien représentatif de la population que l'on veut étudier.(méthode des quotas et taille de l’échantillon). Le libellé des questions posées peut induire une réponse, l'ordre des questions posées peut avoir une influence ou bien encore celui qui répond peut chercher à fournir une réponse conforme à l'image qu'il veut donner de lui.

L'analyse statistique.

Les données statistiques présentent l'intérêt de quantifier les variables. L'observation, même répétée de faits individuels ne permet pas de dégager un fait social. Ainsi par exemple, ce n'est pas parce que l'on connaît trois ou quatre personnes qui ont eu une ascension sociale forte que la société dans laquelle nous vivons est marquée par de fortes possibilités d'ascension sociale. En revanche le regroupement de faits individuels pour former une grandeur statistique peut permettre de révéler l'existence de faits sociaux. Mais l'interprétation correcte des données statistiques suppose une bonne maîtrise des règles d'interprétation. Il ne faut pas confondre corrélation est causalité, il faut savoir détecter les effets de structure. Ainsi par exemple, si dans deux populations A et B. comportant le même nombre de femmes, le nombre de naissances est deux fois plus élevé en A que en B, on ne peut pas en déduire que la fécondité est deux fois plus élevée en A car la proportion de femmes en âge d'avoir des enfants peut ne pas être la même en A qu’en B, si la structure par âge et les différente.

L'expérimentation.

L'expérimentation est souvent difficile en sociologie, la plupart des expérimentations ont lieu dans des laboratoires. L'expérimentation est très utilisée en psychosociologie. Prenons l'exemple de l'expérience de Milgram: cette expérience a été conduite au laboratoire de psychologie de l'université de Yale aux États-Unis. Les personnes participant à cette expérience sont volontaires et il leur est annoncé que l'objet de l'expérience est de tester l'effet d'un choc électrique sur la mémoire. En fait il s'agit de tester le comportement d'obéissance aux ordres de la part des individus qui participent à l'expérience. L'expérimentateur explique à l'individu soumis à l'expérience qu’il va poser des questions à un individu situé à distance et que à chaque erreur de ce dernier il luu faudra envoyer un choc électrique d'intensité croissante au fur et à mesure que le nombre d'erreurs s'accroît. Celui qui reçoit le soi-disantes décharges électriques fait partie de l'équipe d'expérimentation et simule la douleur . Ce qui est testé, c'est la capacité d'obéissance de la personne aux ordres de l'expérimentateur. Milgram a constaté que près des deux tiers des sujets ayant fait l'objet du test ont continué à administrer des chocs électriques quel que soit l'intensité des cris et du voltage jusqu'à ce que l'expérimentateur leur dise d'arrêter.

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